ommage au Docteur Pierre BARLET

Au  titre  de  notre  amitié  et  du  travail  qu'ensemble nous  avons  accompli,  je  suis  fier  de  rendre  hommage à Pierre BARLET, Psychiatre, Expert honoraire près la Cour d'Appel de LYON, décédé le 4 Avril 2017. 

Notre  collaboration  s'est  exercée  pendant  plusieurs dizaines  d'années  dans  différents  domaines  :  celui des soins aux suicidants à l'hôpital, de l'enseignement de la criminologie à l'université, des expertises judiciaires, du travail d'élaboration sur la qualité de l'expertise, de la formation des experts psychiatres et psychologues ou  encore  de  la  recherche  sur  les  déviances  sociales  au  sein  du  Groupe  Rhône-Alpes  de  Criminologie Clinique.  

En  réalité,  il  y  a  trop  d'associations  ou  groupements  auxquels  Pierre  BARLET  a  contribué  pour  toutes  les citer.  Il  convient  de  mentionner  toutefois  le  M.A.S.,  Mouvement  d'Aide  Sociale,  dans  lequel  Pierre BARLET s'est beaucoup dépensé à améliorer la situation des sortants de prison.

Il  a  été  à  l'origine  du  GRhACC,  après  avoir  été  membre  de  l'ALCAS  (Association  Lyonnaise  de Criminologie  et  d'Anthropologie  Sociale),  fondée  dans  les  années  60  par  des  enseignants  des  trois universités lyonnaises ; en 2008, le GRhACC en a pris la suite, d'abord présidé par le Pr ELCHARDUS, puis par Pierre BARLET. A ce titre, il a organisé et parfois animé nombre de conférences et de journées d'études.

Il était de ces praticiens qui estiment parfois hasardeux de travailler seul et il a cherché, autant que possible, à  s'associer  à  des  collaborateurs  d'autres  spécialités  que  la  sienne  ;  c'est  notamment  pour  cela  que  la criminologie, au croisement de diverses disciplines, lui convenait si bien. 

Pour  que  de  telles  associations  soient  efficaces,  il  est  nécessaire  qu'une  grande  confiance  existe  entre  leurs membres. Ce qui  donnait confiance en lui, c'était évidemment sa compétence, mais aussi sa gentillesse, son calme,  son  humanité  avec  chaque  personne  rencontrée,  qu'il  s'agisse  d'une  victime  ou  du  pire  des délinquants, voire d'un criminel "endurci", comme on dit. Mais on dit souvent trop vite et Pierre BARLET pensait – justement -  qu'à l'origine de la violence faite à l'autre, il y a toujours un vécu de violence éprouvée à un moment ou l'autre de la vie passée ; cela n'avait rien d'une recherche d'excuse mais il s'agit plutôt d'une ouverture aux sens de ce qui s'est passé en soi et que parfois le sujet peut ignorer.

Transmettre  et  faire  comprendre  ce  constat,  nécessite  de  se  livrer  ensuite  à  un  travail  d'écriture  des plus minutieux : combien d'heures avons-nous passé, dans son petit bureau à ciseler – comme des sculpteurs de mots - chaque expression dans nos rapports d'expertises pour parvenir au plus près de la vérité du sujet.

Ces souvenirs personnels ne sont pas le plus important. 

Le  point  d'orgue  de  sa  carrière  est  d'avoir  pu,  avec  d'autres  collègues,  (il  faut  citer  les  Professeurs  Roche, Colin,  le  Docteur  Gonin  et  d'autres  encore)  permettre  aux  détenus  d'obtenir  les  mêmes  droits  que  tout le monde  en  ce  qui  concerne  leur  santé.  Leur  prise  en charge  sanitaire  ne  dépend  plus  de  l'administration pénitentiaire mais maintenant de la médecine hospitalière ; c'est ce qui l'a conduit, à partir de 1985, à diriger un service de médecine pénitentiaire au sein de l'hôpital Lyon-Sud. Pour les soins aux détenus, il avait alors recours à tous les services de l'hôpital et sa compétence de psychiatre s'est considérablement élargie. Il avait manifestement plaisir à échanger avec chaque spécialiste et jusqu'à ses derniers jours, alors que ses forces le quittaient, un des moments privilégiés de la journée était celui où la Chef de Service venait parler avec lui. Cette  femme  médecin  parlait  de  Pierre  BARLET  comme d'un  "homme  exceptionnel". Le  plaisir  de  cet échange  quotidien  était  aussi,  sinon  plus  important  que  tous  les  autres  soins  qu'on  pouvait  lui  proposer, auxquels il ne croyait plus bien. Ce qui le tracassait, ce n'était pas tant l'hôpital avec ses contraintes, c'était surtout la charge qu'il était pour les siens et de ne plus être utile, ne plus servir à rien. 

Pierre BARLET avait le souci de transmettre son expérience d'expert : au sein de la Compagnie des Experts comme à la Faculté de Médecine, il a animé pendant plus d'une dizaine d'années des formations à l'expertise psychiatrique et rédigé, à la demande des Magistrats, avec d'autres collègues, un fascicule sur la "Démarche qualité  dans  l'expertise  psychologique  et  psychiatrique", édité  par  la  Compagnie  des  Experts  de  justice de Lyon (Novembre 2011).

Didier  WEBER, Psychologue Expert Honoraire près la Cour d'Appel de LYON, ancien Secrétaire Général du GRhACC.